L’infantisme. Un mal de longue date auquel on a donné un nom. Comme l’explique la pédopsychiatre Celine Lamy dans un article publié dans le journal « Le devoir », c’est un phénomène consistant à dévaloriser la jeunesse lorsqu’elle prend parole sur des enjeux sociétaux et des débats la concernant. C’est le fait d’accuser les jeunes d’être instrumentalisés et manipulés par des partis politiques, en étant convaincu que ces jeunes n’ont pas de pensé propre.
« L’enfant et l’adolescent sont vide, creux, aplanis sur le présent dans une parfaite coïncidence avec eux-mêmes, incarcéré dans la prison de leur moi, et que c’est à la faveur des actes de transmission qu’ils se séparent d’eux-mêmes »
Bérénice Levet, philosophe et essayiste
La particularité de l’infantisme c’est que contrairement à d’autres discriminations, celle-ci, tout le monde y goûte avant de s’en libérer dès la majorité atteinte. D’ailleurs, toujours selon la Dr. Lamy, plus un adulte s’est vu discriminé dans sa jeunesse, plus il chérira cette supériorité acquise à l’âge adulte.
Aujourd’hui, nous pouvons constater concrètement ce phénomène à travers la grève étudiante en France. Je cite ici Bérénice Levet, dans une entrevue parue le 14 octobre sur le site internet « Je suis français », intitulée ; « Cette crise des lycéens est d’abord une crise des adultes ».
Mme Levet, philosophe et essayiste affirme que « L’égalité n’a rien à faire à l’école. La démocratie, moins encore. Le débat non plus. – on ne débat qu’entre pairs. On doit porter à l’élève l’aspiration à s’élever, à grandir à s’élargir, et non l’obsession de l’égalité » elle poursuit ; « L’enfant et l’adolescent sont vide, creux, aplanis sur le présent dans une parfaite coïncidence avec eux-mêmes, incarcéré dans la prison de leur moi, et que c’est à la faveur des actes de transmission qu’ils se séparent d’eux-mêmes, se redressent, s’étoffent entre dans la dimension de la profondeur est regardé et attaquer comme blasphématoire. »
Comme il est possible de le constater avec ses dernières phrases, une posture de sauveur est adoptée pour tenter de libérer un autre être humain de ce qu’il est.
L’infantisme peut prendre la forme de condescendance de la part des adultes, de minimisation des idées de la jeunesse, de discréditer celles-ci, de tentative de les invalider. Quelques personnes ont accepté de donner une entrevue à « La griffe » dans le cadre des recherches pour ce reportage. L’entrevue portait sur l’opinion des personnes passées en entrevue quant à la place de la jeunesse faces aux personnes en situation d’autorité.

Keren et Regina : « Au primaire et au secondaire, les profs sont en charge des élèves, ils sont avec eux, ils les accompagnent », c’est donc normal qu’il y ait une position d’autorité. Ce n’est pas la même situation au cégep et à l’université ou les étudiant sont beaucoup plus autonome. Pour les élèves du primaire, « Tu peux quand même les écouter, ils ont quand même une voix qui est importante. »
Selon la deuxième définition du Larousse en ligne, l’autorité se défini dans le secteur administratif de cette façon : « Organisme auquel est confié un pouvoir de décision légalement défini ». Ce mot diffère de la supériorité, laquelle est en troisième définition du Larousse en ligne : « Attitude de quelqu’un qui se croit supérieur aux autres. » Ses synonymes sont ; « Arrogance, condescendance, hauteur, outrecuidance, et suffisance. » Dans le cadre scolaire, une différence est à faire, bien qu’il soit vrai que l’autorité est un facteur favorisant la supériorité.
B. Morin, étudiant en art visuel (Le prénom n’a pu être récupérer dû à une défaillance du micro lors de l’entrevu) nous a livré son opinion sur le sujet de la place de la jeunesse dans la société.
Journal La Griffe (JLG) : « Est-ce que la jeunesse est suffisamment écouter dans la société ? »
B. Morin (BM) : « Pas du tout, au contraire, même ! Personne n’est écouté tout court, alors la jeunesse… c’est un gros problème. »
JLG : Et l’infantisme? Est-ce que c’est visible dans le quotidien ?
BM : « Oui, beaucoup dans les politiques, par rapport aux élections. Les jeunes ne votent pas, mais il y a des raisons pour lesquelles ils ne votent pas. Ils ne sont pas valorisés du tout. (Ils ne se sentent pas concernés.) »
Pour citer ici le site « Les adultes de demain » abordant le sujet de l’infantisme traité par la pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit ;
« Elle (La notion de l’infantisme) s’infiltre dans les attitudes, les politiques et les pratiques sociales, perpétuant une vision des jeunes comme étant inférieurs, moins compétents et donc, moins dignes de respect et d’autonomie. Ce sont ces préjugés envers les enfants qui nous font croire qu’ils nous appartiennent et que nous pouvons les contrôler. »
Et
« Laelia Benoit explique que dès que les enfants ou adolescents ont une volonté ou expriment un point de vue qui ne correspond pas à ce qui arrange le monde des adultes, alors on considère qu’ils sont gâtés, tyranniques. On estime qu’ils prennent toute la place et qu’il serait grand temps, d’ailleurs, de les remettre à leur place. »
Les effets qui en découlent sont méconnus du grand public, bien qu’il y ait des études sur la discrimination envers la jeunesse depuis 1970 aux États-Unis. De la discrimination, de la dévalorisation, des préjugés.

Photo de Catalina Martin-Chico – Des élèves d’une classe de niveau primaire en Norvège.
Différentes solutions sont suggérées dans plusieurs pays, dès lors que l’infantisme est reconnue comme étant problématique. On parle entre autres de pays scandinaves ayant instaurés des politiques éducatives et sociales valorisant l’autonomie des enfants, leur bien-être émotionnel et psychologique, et la collaboration respectueuse entre enfants et adulte. On ne tarit pas d’éloge sur leur système d’éducation, d’ailleurs, qui est fréquemment présenté comme exemple à suivre au Québec. (« Au Québec, nous sommes à des années-lumière de l’enseignement finlandais, centré sur le plaisir d’apprendre. » Extrait tiré du journal « La Presse » provenant d’un article intitulé « L’école québécoise a besoin d’une révolution ».)
L’exemple de la suède, 18e meilleur pays au test PISA en 2023 est reconnue pour son système d’éducation performant. Celui-ci, est d’une approche centrée sur l’élève. (Lepetitjournal.com) On mentionne aussi l’égalité des chances. L’enfant y est considéré comme étant suffisamment important pour qu’il soit traité le mieux possible.
À noter que peu de statistiques étaient disponibles sur le sujet traité par cet article.
NB : La journaliste a écrit cet article en toute objectivité, mais il est à mentionner qu’il s’agit d’un sujet la touchant de près.