Népal : avant, pendant et après la chute de son gouvernement

En moins d’une semaine, le Népal, un pays autrefois dirigé par KP Sharma Oli avec un immense écart de richesse entre les élites et les civils, a eu son gouvernement renversé, son parlement dissous et son premier ministre mis dehors à la suite de manifestations sanglantes, contre la proscription de 26 réseaux sociaux à Katmandou, la capitale du Népal. Pour l’instant, la première ministre Sushila Karki gère le gouvernement provisoire d’un pays exténué.

Avant le feu

 Selon la Banque Mondiale, le Népal est considéré comme étant un des pays les plus pauvres du monde avec un revenu mensuel brut de 114$ par habitant en 2023 et un Népalais de 15 à 24 ans sur cinq est au chômage. Pendant que la pauvreté envahit le pays, les enfants des élites de la nation partagent leurs vies luxueuses sur les réseaux sociaux sans expliquer que leur richesse provient généralement des taxes des plus démunis. Les jeunes Népalais critiquent ces « nepo-babies » (expression reliée au népotisme) de leur arrogance avec l’hashtag « #NepoKids » propagé sur les réseaux sociaux.

Shrinkhala Khatiwada, mannequin et fille du ex-politicien népalais Birodh Khatiwada, obtient sa maîtrise en urbanisme à la Harvard Graduate School of Design.

Shrinkhala Khatiwada, mannequin et fille du ex-politicien népalais Birodh Khatiwada, obtient sa maîtrise en urbanisme à la Harvard Graduate School of Design.

Le renversement

Le coup de tonnerre frappe le 4 septembre 2025 : le gouvernement népalais ferme l’accès de 26 réseaux sociaux à tous ses citoyens, dont YouTube, X, Instagram, Facebook et WhatsApp. D’après eux, ces plateformes n’ont pas appliqué les règles mises en place par le ministère de la Communication et des Technologies de l’information avant la date d’échéance. Pour les jeunes civils, cependant, cette loi signifie la privation générale de leur liberté d’expression.

Le 8 septembre 2025, des dizaines de milliers de Népalais se rassemblent à Katmandou pour manifester pacifiquement contre la corruption et l’interdiction des réseaux sociaux. Puis, l’évènement est passé d’inoffensif à brutal lorsque des participants ont voulu entrer dans le Parlement fédéral du Népal. La police répond en lançant des canons à eau, des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des vraies balles de fusil qui ont entraîné la mort de 19 personnes et des centaines de blessés. Le gouvernement impose un couvre-feu dans plusieurs villes du pays en fin de journée.

Le lendemain, les manifestants mettent feu à de nombreux bâtiments gouvernementaux, dont le Parlement fédéral du Népal. Près d’une soixantaine de décès s’ajoute au cours des manifestations. Le premier ministre KP Sharma Oli et environ une vingtaine de députés démissionnent. « J’ai démissionné ce jour de mes fonctions de Premier ministre […] afin que des mesures puissent être prises en vue d’une solution politique et d’une résolution de problèmes », a annoncé l’ancien premier ministre à la presse.

Le calme revient

Le 11 septembre, près de 200 000 internautes népalais élisent Sushila Karki ainsi que deux de ses ministres à la suite de négociations intenses et d’un vote sur la plateforme de messagerie Discord. Malgré son dévouement à représenter la jeunesse et à anéantir toute corruption dans le pays, l’ancienne cheffe de la Cour suprême dit qu’elle ne dirigera « pas plus de six mois » en attendant les élections du 5 mars 2026. « Ce que [la jeunesse] réclame, c’est la fin de la corruption, une bonne gouvernance et l’égalité économique », a-t-elle déclaré en espérant de répondre aux attentes de ses citoyens.

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