Un jour férié
En 2021, le Gouvernement du Canada a introduit la « Journée nationale de la Vérité et de la Réconciliation », un jour férié au fédéral qui a pour but de souligner les moments tragiques de l’Histoire canadienne lors de la période des Pensionnats indiens. Le Gouvernement du Canada déclare que « [c]ette journée est l’occasion de rendre hommage aux enfants qui n’ont jamais pu retourner chez eux et aux survivants des Pensionnats ainsi qu’à leurs familles et leurs communautés. »1
Le chandail orange
Selon « L’encyclopédie canadienne », plus de 150 000 enfants autochtones de Premières Nations, Métis et Inuits ont du fréquenter les Pensionnats entre 1880 et 19962. Parmi ces milliers de jeunes, Phyllis Webstad (d’origine shuswap, une Première nation qui habite sur le territoire désormais appelé la Colombie-Britannique) était dans un pensionnat en 1973, alors qu’elle n’avait que six ans. Avant de partir pour l’année scolaire, sa grand-mère lui avait donné en cadeau un beau chandail orange qu’elle allait porter pendant son séjour au pensionnat. Mais une fois arrivée à l’établissement, les responsables du pensionnat l’ont dénudée de tous ses vêtements et elle n’a jamais revu son beau chandail orange.3
D’un point de vue littéraire
J’aimerais mentionner un passage du mémoire de l’honorable Murray Sinclair (d’origine ojibwé), juge, sénateur fédéral et activiste pour les droits des Autochtones, présenté à la « Commission sur la réconciliation » qui présente le but de la fondation du mouvement de la réconciliation, soit la préservation de la culture et l’enseignement de celle-ci pour les générations à venir:

« Pour que les communautés indigènes puissent fonctionner correctement, elles doivent élever et éduquer leurs enfants pour qu’ils puissent répondre aux questions que les Anciens de toutes cultures du monde appellent « Les grandes questions de la vie. » Ces questions sont : D’où viens-je? Où vais-je? Pourquoi suis-je ici? Qui suis-je ? Les enfants doivent connaître leur histoire. Nous devons tous connaître l’histoire de nos parents et de nos grands-parents […] nous devons connaître l’histoire de la communauté à laquelle nous sommes liés- notre histoire collective- qui voit ses racines remonter jusqu’à la création de ce monde… »4
Une réalité
En écrivant cet article, je me suis permis d’aller rencontrer un ami de famille d’origine autochtone et que son père avait vécu son enfance dans un Pensionnat. Nous avons discuté de la « Journée de la Réconciliation » et des commentaires du juge Murray Sinclair. Bien qu’il le respecte grandement pour ses contributions au mouvement des droits autochtones, l’ami de famille voulait partager son opinion sur le système qui présente encore aujourd’hui des failles:
« Il (Murray Sinclair) n’était qu’UN homme après tout. plusieurs personnes qui ont vécu le système des Pensionnats ont eu la même idée de dénoncer que quelque chose allait mal. ils ne seront jamais entendus, parce qu’ils ne sont pas arrivés au niveau estimé d’un juge comme Sinclair. Leurs voix ne sont pas entendues et ils sont tombés dans les pièges de notre réalité comme l’alcool et la drogue ainsi que la perte des valeurs traditionnelles. Donc il reste beaucoup à faire. C’est un problème que nos politiciens modernes doivent toujours régler. Un jour férié, ce n’est pas assez, ça n’adresse pas complètement les racines du problème, ça rend ceux au pouvoir contents d’avoir fait quelque chose, ça apaise leur conscience, mais pas celle des victimes. »
Pensées personnelles
En plus d’écrire cet éditorial et d’être un étudiant au Cégep de l’Outaouais, je suis également d’origine autochtone (oji-cris de la communauté Mishkeegogamang-New Osnaburgh en Ontario) et j’ai eu le privilège de rencontrer plusieurs autres personnalités autochtones de plusieurs communautés des provinces du Québec et de l’Ontario. Mon grand-père, Frank Keesickquayash, est passé à travers le système des Pensionnats pendant son enfance, et il en a peu parlé pendant le restant de ses jours.
Bien que je n’ai pas le vécu de ceux qui ont souffert des politiques assimilatrices du gouvernement de l’époque, je crois qu’il est primordial d’apprendre de cette triste page de notre histoire, notamment écouter ceux qui ont vécu dans les Pensionnats. L’écoute, c’est s’ouvrir aux opinions et aux histoires de ceux qui veulent partager leurs souffrances et leur résilience pour survivre à un système raciste et injuste.
Ensemble, autochtones et allochtones, pouvons nous engager sur un chemin de Réconciliation. S’écouter, partager, communiquer entre nous afin de ne plus répéter les crimes du passé qui ont toujours un effet sur l’histoire de nos peuples interconnectés. S’écouter les uns les autres afin d’atteindre une véritable Réconciliation, pour trouver des idées qui assurent des réparations concrètes pour le bien-être des prochaines sept générations.
- https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/campagnes/journee-nationale-verite-reconciliation.html ↩︎
- https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/pensionnats ↩︎
- Pour voir l’histoire complète de Phyllis Webstad, veuillez consulter https://orangeshirtday.org/phyllis-story/#story. ↩︎
- Extrait du livre « Who we are » de l’honorable Murray Sinclair. ↩︎